Autrefois, il y a bien, bien longtemps de cela, en des temps d’avant notre temps, on chevauchait les licornes, les chevaux à cornes.
En ces temps-là on se rendait chaque année, à la fête que donnait Cernunnos, le grand cerf, au milieu de sa clairière, au plus profond de la forêt.
En ces temps-là, Dame Agaisse, que dis-je, la Fée Agaisse, quittait ses lointaines forêts vosgiennes pour nous rejoindre et on cheminait ensemble.
En ces temps-là, l’espace d’une journée, Ondine, notre petite Fée de la Nied, fermait à double tour la porte de son palais de cristal tout au fond de l’eau.
Arrivée à la surface de l’eau, elle sautillait de feuille de nénuphar, en feuille de nénuphar et elle se joignait à nous.
En ces temps-là, au-dessus de la forêt, au-dessus de nos têtes, planait Graoully, la dragonne noire qui de ses immenses ailes de chauve-souris, nous protégeait.
En ces temps-là, on côtoyait les animaux fantastiques tous les jours, on les respectait.
En ces temps-là on vivait en harmonie et en paix avec les gens du petit peuple, les fées, les lutins, les sotrés, les gnomes, les korrigans.
Mais un jour, un triste jour, un jour funeste des chasseurs sont venus accompagnés de leurs meutes de chiens.
Ils ont transpercé Cernunnos de leurs pieux et l’ont abandonné au milieu de sa clairière, au cœur de la forêt.
Mais le Grand Cerf était immortel et son esprit s’est élevé très haut dans le ciel.
Ils ont pourchassé les licornes, elles se sont enfuies et ont trouvé refuge enun pays merveilleux.
La dragonne leur a échappé quelques temps, elle a pu pondre un œuf dans la Nied mais elle a été piégée et noyée.
Dame Agaisse et Ondine ont pris peur, elles se sont enfuies, l’une dans ses Vosges natales et l’autre dans son palais de cristal.
Aujourd’hui, seuls les sorciers, les chamanes, les conteuses et les conteurs ont encore accès à ces mondes disparus.