La Lorelei

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LA LORELEI

Le jour prend son temps, émerge et se lève doucement sur le Rhin.
Les premiers rayons de soleil se reflètent dans les gouttelettes de rosée qui recouvrent encore les vignes.
Un léger voile d’une brume matinale flotte et s’attarde encore un peu sur le fleuve.
Sur un promontoire qui borde ses rives, on devine les vestiges d’une ancienne forteresse.
Un peu plus loin, le Rhin se resserre au milieu de falaises déchiquetées.
Des roches sombres, polies par les eaux, s’élèvent en sentinelles muettes, gardiennes de secrets engloutis dans les remous du fleuve.


De tous temps, bateliers et marchands, poètes et voyageurs, ont colporté l’existence d’une présence humaine, assise au sommet du plus haut de ces éperons : une jeune fille aux cheveux blonds comme l’or, dont la beauté n’avait d’égal que la tristesse et le chagrin, et dont le chant envoûtait les cœurs et scellait le destin de quiconque l’entendait. 


C’est Lorelei, nymphe du Rhin, dont le nom est chuchoté avec prudence dans les villages riverains.
Lorelei, jeune fille insouciante, aux yeux aussi verts que la mousse des forêts, qui jouait au milieu des filets de pêcheurs, 
Lorelei, jeune fille libre, au rire clair comme le cristal, qui courrait, pieds nus sur l’herbe des près. 
Lorelei, jeune fille courtisée par des dizaine de prétendants mais qui n’avait d’yeux que pour ce preux chevalier de passage, rencontré une nuit d’été.
Lorelei jeune femme consumée par cet amour perdu. 
Lorelei dont la voix mélodieuse et triste, résonne depuis, entre roche et eau et attire inexorablement les marins et les bateliers du Rhin.
Nombre d’entre eux, poussés par la curiosité et l’irrésistible attrait de l’inconnue, se sont aventurés vers son rocher et ont cherché à la rejoindre.
Tous ont été engloutis par le fleuve, l’éclat doré de la chevelure de Lorelei sous les derniers rayons du soleil, ou la tristesse de son chant ont eu raison des plus intrépides.


S’aventurer vers le rocher de la Lorelei, quand le crépuscule tombe, c’est risquer plus que sa vie, c’est risquer son âme.